CHAPITRE V
Chapitre V fini ...
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La destruction de Kazad Kol ne date plus d'il y a dix ans, mais d'il y a cinq ans maintenant ^^,
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Le géant était adossé au mur d'un souterrain, à plus de trois kilomètres de la ville elfique, le petit garçon appuyé contre l'une de ses jambes. La jeune elfe attendait avec eux, en silence. A leurs pieds se trouvaient quelques bagages remplis de nourriture et de différents matériels. Soudain, des bruits de pas se firent entendre au détour d'un tournant. Ailin avançait vers eux.
« C'est bon ? Demanda sa sœur.
- Oui, tout s'est passé comme prévu ! J’ai lancé un autre sort, d'illusion cette fois-ci. Il me permet de modifier les souvenirs. Au lieu de deux humains, ils se rappellent avoir vu un grand elfe roux et un nain blond ! (Il ria un peu) Néanmoins, il me fallait vous éloigner de la ville. S'ils vous avaient revus, le sort aurait été annulé et les souvenirs restaurés. J'avais bien fait de passer par de petites ruelles, le nombre de personnes à ensorceler n'était pas aussi important que je le pensais.
- Et Gorung ?
- Ensorcelé lui aussi, bien entendu. SURTOUT lui !
- Si jamais il l’apprend, tu risques de passer un sale quart d’heure. (Son frère acquiesça avec un sourire) Et maintenant, si tu m’expliquais pourquoi je suis moi aussi sortie de la cité ?
- C’est très simple. Toi et moi, Nenwen, nous allons les accompagner. »
Les deux humains, étonnés, regardèrent l'elfe dont le visage ne laissait transparaître aucune autre émotion que de la joie et de l’excitation. Le géant allait dire quelque chose quand la jeune femme s'approcha de son frère et prit la parole.
« Attends, pourquoi je dois venir moi aussi ? Certes, je t'ai aidé à les faire sortir, mais ce n’est pas la peine d’en profiter !
- Si je suis revenu en ville avec eux, c’était pour te voir. Je suis sur que nous allons au-delà de quelques dangers, alors avoir une prêtresse avec nous peut s’avérer utile. Et en plus … Nenwen … N'est-ce pas toi qui me disais récemment que tu t'ennuyais en ville ? Que tu voulais voir autre chose que de la forêt et des cavernes ? Que le chef pouvait aller au diable avec son interdiction de sortir ?
- C’est … c’est vrai. Mais ce n’est pas une raison ! Quel est le but de tout ça ? Pourquoi doit-on les accompagner ?
- Je t’expliquerai ça plus tard, fais moi confiance petite sœur ! Je peux t’assurer que j’ai de bonnes raisons ! »
Elle s’apprêtait à répondre et ouvrit la bouche, mais devant les arguments de son frère et son sourire qui en disait plus encore, elle ne trouva finalement rien à redire. Elle finit par s’assoir, adossée au mur, et afficha une mine boudeuse. Ce fut au tour de l'homme de prendre la parole.
« J'imagine que nous n’avons pas vraiment le choix … (un mouvement de tête de l’elfe lui fit comprendre qu’il avait visé juste) Et ta cité ? Tu n'as pas peur qu’une attaque se produise pendant que tu es absent ?
- Les humains craignent bien trop la Torëmorna pour y entrer. Ils croient toutes les légendes que l’on raconte à son sujet. En vérité, certaines le sont, mais pas toutes ! De plus, l'accès par les souterrains est maintenant devenu bien plus difficile. Les nains ont eu le temps de piéger les accès. J'ai aussi ouï dire que l'armée humaine avait quelques problèmes d'organisation depuis plusieurs mois. Un des généraux serait mort et personne n'occupe le poste pour le moment. Une armée sans supérieur, c'est comme un corps dépourvu de tête ; ça ne bouge pas ! (il regarda l'humain dans les yeux) Bien que ça ne les empêche pas d'envoyer des assassins !
- Je vois …
- Je suis surpris que tu le prennes aussi bien. Tu ne me questionnes pas sur mes intentions ?
- Je les ai déjà comprises, en grande partie. »
L’humain resta impassible lorsque l’elfe lui sourit une fois de plus. La suite de la discussion porta sur la direction à prendre. A l'origine, les deux humains comptaient parvenir à Undumë, la contrée des nains. Il était connu qu’une résistance s'organisait au Sud du pays, dans la région d'Ear. Les résistants ne faisaient pas le poids face à l’armée, mais celle-ci ne pouvait pas intervenir efficacement dans la région. Les montagnes empêchaient l'accès de la zone aux gros des troupes. Il s'agissait donc d'un des endroits les plus sur, et naturellement ils décidèrent d’y aller.
***
Yelin, la capitale du royaume humain, s’étendait sur les trois îles au Nord-Est du pays. Elles étaient reliées les unes aux autres par d’immenses ponts en pierres blanches.
L’île Tandomil regroupait les quartiers pauvres de la capitale où de nombreux taudis avaient été construits. Tous les miséreux y étaient entassés, et au fur et à mesure des mouvements de population, les taudis s’étaient empilés les uns sur les autres à cause du manque de place. D’un point de vue extérieur à l’île, on apercevait des collines en bois et en ferraille grouillant de petits êtres sales. Il n’était pas rare que des accidents se produisent et que des gens se retrouvent enfouis sous les décombres. Les rues étaient étroites, irrégulières et privées de courants d’air et de la lumière du soleil.
Sur l’île Umbar, les principaux temples de la cité avaient été construits. Le plus important était dédié à la déesse de la lumière qui avait donné son nom à l’île. Il occupait son centre et aucun autre monument n’était aussi haut que lui. Une foule constante se pressait aux différentes entrées de l’édifice, et bien qu’ils attendaient longtemps avant de pouvoir entrer vénérer la déesse, ils patientaient en admirant les nombreuses sculptures et gravures qui la représentait sur les murs.
C’était sur la dernière et la plus grande des îles, Yaru, que le palais avait été édifié. Il ressemblait à un immense château labyrinthique de pierres d’un blanc un peu sale. Le palais était trop énorme si bien que la plupart des salles et des couloirs étaient abandonnés. Les proportions gigantesques du bâtiment ainsi que ses hautes tours plongeaient, pour une partie de la journée, la ville dans la pénombre. C’était pour cette raison que les rues étaient aussi éclairées le jour. Tout autour s’étendait les beaux quartiers, là où vivaient les nobles, les bourgeois et les plus illustres artisans. Les étales de ces derniers étaient regroupés tout autour de la grande place située près des deux ponts qui menaient aux autres îles.
Elodric Archerion était un descendant d’un des artisans les plus réputés de la capitale. Ces artistes étaient fort appréciés des nobles et ils étaient reconnus à leur juste valeur. S’ils étaient compétents, ils croulaient sous les commandes et il n’était pas rare de devoir attendre plusieurs années avant que le produit ne soit réalisé. Les autres vivaient tant bien que mal, dormant dans le quartier pauvre la nuit, et déambulant dans les rues des autres îles le jour. Ses parents étaient d’adroits sculpteurs et avaient même obtenus la reconnaissance de la lignée royale. Néanmoins, il avait laissé le soin à ses sœurs et frères de reprendre l’affaire familiale pour devenir un soldat grâce à ses nombreuses connaissances magiques. Sa position sociale lui avait permis d’obtenir un premier grade rapidement. Cependant, contrairement à la plupart des autres officiers qui, comme lui, avaient gravis des échelons grâce à leurs noms, Elodric était compétent et il s’était distingué des autres. Il avait donc continué à monter dans les rangs au fur et à mesure de ses exploits, pour devenir un des généraux de l’armée.
Il était maintenant agenouillé dans la salle du trône, ses cheveux noirs retombant sur ses yeux. Quelques rides d’expression s’étaient dessinées avec le temps au coin de sa bouche et, vu de haut, on avait l’impression qu’il souriait. Le Roi lui indiqua, d’un geste las, qu’il pouvait prendre la parole.
« Les assassins ont échoués, Ô mon Roi, dans la capture de Mardigon et d’Aina. »
Un grimace sur le visage pourtant gracieux du seigneur incita l’homme à continuer.
« Néanmoins nous savons maintenant qu’ils se trouvent dans la Torëmorna. (le visage du Roi se radoucit) Je me suis permis de poster des hommes à chaque sortie. Si toutefois ils réchappent à cette maudite forêt, ils ne pourront pas passer au travers de nos barrages. Les hommes seront en nombre suffisant car j’ai veillé à ce que les assassins soient accompagnés de soldats et d’archers.
- Bonne initiative, Elodric. N’oublie pas : morts ou vifs, mais je veux les corps. Ce serait quand mieux qu’ils soient vivants …
- Je peux vous assurer qu’ils le seront. »
Après avoir reçu l’autorisation, l’homme se retira. Il fit une dernière révérence en direction de son seigneur, puis il se redressa pour tourner le dos au trône et se dirigea vers la sortie. Les deux gardes lui ouvrirent la porte.
Une jeune femme l’attendait derrière. Elle avait de longs cheveux blonds qui descendaient jusqu’à la cambrure de son dos. Elle était magnifique si ce n’était sa maigreur presque maladive. Ses yeux d’un bleu profond fixaient l’homme qui venait de sortir de la pièce et elle semblait impatiente de l’entendre.
« Une fois de plus ils se sont échappés. »
Il s’arrêta en la voyant pousser un soupir de soulagement.
« Mais ce n’est plus qu’une question de temps. On sait maintenant où ils se trouvent. La Torëmorna, ça te dit quelque chose ? »
La jeune femme écarquilla ses yeux avant de détourner son regard. Machinalement, elle porta un doigt à sa bouche et rongea l’ongle qui était déjà sanguinolent. L’homme l’incita à marcher pour s’éloigner de la pièce. Puis il posa sa main sur l’une de ses épaules.
« Ne me touche pas ! cria-t-elle »
Elle repoussa violemment la main d’Elodric. Sans se retourner elle accéléra sa marche, laissant l’homme seul avec ses pensées.
Chapitre V fini !
Chapitre VI à suivre ...